Aujourd'hui j'ai assisté aux manifestations devant l’assemblée constituante...oui je l'ai fait et j'ai osé contrarier cette "légitimité électorale" . Je ne regrette pas ce que j'ai fait et qu'on dit ce qu'on veut de moi , peu importe car je ne l'ai fait que pour le bien de mon pays.
Salafistes, la nouvelle police politique d'aujourd'hui:
Tout d'abord je vais revenir vite fait sur l'affaire des salafistes à la Manouba qui a été le catalyseur des revendications d'aujourd'hui.
Nous savons tous que depuis la création de la république tunisienne jusqu'à nos jours , les facultés tunisiennes étaient toujours des centres de débat , un lieu de diversité et surtout la source de tout mouvement politique s'opposant à la dictature (l’Intifada du pain, les évènements du bassin minier de Rdeyef 2008, la révolution tunisienne , ...).
Il n'ya pas longtemps , il y'avait ce qu'on appelle la "police universitaire" et la "police politique" deux corps qui squattaient nos facultés et oppressaient tout mouvement d'opposition politique ou revendication syndicale.
Le lendemain de la révolution , cette force d'oppression a disparu mais ça n'a pas duré car elle a été remplacée par de nouveaux oppresseurs : LES SALAFISTES.
Ces gens qui refusent toute forme de débat ou de dialogue ont commencé à envahir nos facultés au nom de dieu et au nom de la religion.ça a commencé à Sousse et petit à petit ils ont envahi presque tous les grands campus de la Tunisie pour finir avec le grand scandale de la Manouba.
Cette minorité dont la plupart ne fait pas partie des étudiants de la Manouba veut imposer son avis sur la totalité du camps en instaurant ses propres lois, empêchant les étudiants de passer les examens et surtout en terrorisant tout opposant soit par les agressions physiques soit par le "takfir".
Cet incident est beaucoup plus grave qu'on le croit car on est en train d'utiliser le terrorisme absolu pour oppresser la voix des étudiants d'une part (dieu seul sait comment le parti X va en tirer profit à présent et plus tard) et d'une autre part on contribue à renforcer l'image de l’extrémiste islamiste que l'occident ne cesse de renforcer.
Pour être bref, si on ne tracera pas les lignes rouges à respecter dans les facultés dès maintenant on va aboutir à une nouvelle dictature universitaire. On va remplacer la police universitaire par la police salafiste qui menace d'égorger tout opposant (selon un témoin étudiant à la Manouba).
De la dictature du "3ahd al jadid" à celle du 6ème Calife:
Passons à autre chose plus importante, la constituante.
Dans ce chaos total , le parti majoritaire (nahdha) veut passer son projet de loi de répartition des responsabilités et des pouvoirs. Un projet qui -selon des juristes- va instaurer une nouvelle dictature au sein de la constituante et du gouvernement.
Malhereusement je n'ai pas une copie complète du projet mais je retiens toujours les points les plus flagrants :
- Le premier ministre a tous les privilèges , c'est lui qui détient le pouvoir législatif et désigne tous les membres du gouvernement .
- Le premier ministre peut toujours bénéficier de son siège à l'assemblée ainsi que tous les membres de son gouvernement.
- Le premier ministre se charge des responsabilités de l'assemblée constituante si cette dernière se bloque ou se trouve incapable d'exercer ses fonctions
- Le premier ministre détient le pouvoir législatif dans les cas exceptionnels.(il suffit -selon cette loi- que l'UGTT déclare la grève générale pour que le 1er ministre prenne les rennes du pouvoir législatif).
- Le vote nécessaire pour valider la formation proposée du gouvernement est de 50% +1
- Le vote nécessaire pour la dissolution du gouvernement est les deux tires c'est à dire 66,6% des membres de l'AC (ceci est pratiquement impossible vu que ennahdha détient plus que 41% des sièges)
- Toute décision (ou presque) prise par le président de la république doit être prise soit par la suggestion du premier ministre ou après son accord.
- Le poste de présidence de la république devient totalement honorifique et sans aucun privilège ni pouvoir qui pourra faire face (ou le contrepoids) devant le premier ministre.
Récapitulation : un premier ministre qui détient tous les pouvoirs , un gouvernement totalitaire formé uniquement par des membres désignés par ce dernier et une opposition impossible vu que le quota demandé ne peut jamais être atteint.
Oubli des principes de la révolution:
Ce qui me déçoit le plus c'est que ces membres que nous avons élu ont oublié pourquoi cette révolution a commencé , ils ne sont intéressé ni au nombre de chômeurs qui ne cesse d'augmenter, ni à ceux qui ont tué les manifestants pendant la révolution , ni à une répartition égale des richesses entre régions ni ceux qui ont toujours les mains sales et qui ont tant collaboré avec ben ali. Tout ce qui les intéressait est le pouvoir , "el korssi" . Certes ils n'ont pas encore formé le gouvernement ni commencé les débats sur les articles de la constitution , mais jusqu'à maintenant il n'ya eu aucun discours rassurant le peuple sur cette "amana" qu'ils ont reçu.
Car pour eux le peuple n'est que du charbon qui sert à enflammer les révolutions et les guider vers el "korsi" mais rien de plus